Recycler ses compétences dans les métiers verts
22 Août 2011
Les emplois verts se développent au gré des politiques publiques présentés comme le nouvel eldorado de l’emploi. Se reconvertir dans les métiers verts, c'est possible. Mais pour cela il faut des compétences qui soient transférables et être prêt à parier sur l'avenir.
Si l'environnement attire beaucoup, c'est un secteur encore volatile. " En 2009 et 2010, les investissements verts ont généré près de 12 000 emplois nets. Cependant, 2010 s’est terminée avec une baisse de 30 % à 40 % des emplois créés " souligne David Cousquer, gérant du cabinet Trendeo.
Cette baisse est due à une forte chute de la création d’emploi dans les filières solaire, de l’écoconstruction et des biomatériaux et une quasi-disparition des emplois dans l’éolien.
" Si, en 2009, la création de 600 000 emplois verts d'ici 2020, annoncée par le Grenelle Environnement semblait réalisable, aujourd'hui c'est beaucoup moins évident " résume David Cousquer.
Il faut dire qu'avec les baisses successives des tarifs de rachat d'électricité, le moratoire sur le solaire, etc., les investisseurs deviennent très prudents.
Un pari sur l'avenir
Comme dans tout secteur en devenir, il reste encore beaucoup de zones de flou.
Ainsi, le Grenelle a été à l'origine de lois qui vont dans le sens de l'environnement, mais " il reste encore plusieurs centaines de décrets d'application à paraître. On ne peut donc pas encore connaître l'impact que ces lois auront sur les métiers " regrette Mélanie Bézard, en charge de l'observatoire des métiers à l'Ecole des Métiers de l'Environnement (EME).
Difficile également de dire si ce sont de nouveaux emplois à temps plein qui verront le jour, ou une simple transformation des emplois existants.
Par ailleurs, si les énergies renouvelables ont un fort potentiel en termes de création d'emplois c'est " un secteur qui est plus soutenu par la volonté politique que par sa création de richesse " note Nicolas Leroy, directeur de la division Michael Page Ingénieurs & Techniciens.
" La reprise du secteur de l'énergie renouvelable dépendra de l'attitude du gouvernement ces prochains mois " confirme Mélanie Bézard.
Des secteurs porteurs
Cependant l’augmentation des prix des énergies fossiles, les questions sur le nucléaire, et les engagements du Grenelle " vont permettre un développement de ces énergies et donc des emplois qui y sont liés. Il y a des opportunités sur l'éolien, la biomasse, la géothermie " affirme Catherine Gwet, chargée de l'animation partenariale de l'observatoire francilien des emplois et des métiers de l'environnement pour le réseau Territoire Environnement Emploi d'Île-de-France.
Le bâtiment devrait également être un secteur porteur, tout comme les espaces verts.
Enfin, sur le traitement des déchets et de l'eau, de loin les plus gros employeurs actuellement " il existe un foisonnement de métiers : l'élaboration et la conception d'usines de compostage, la mise en place de collectes sélectives et de politiques pour réduire la quantité de déchets, le travail dans les agences de l'eau pour percevoir les redevances... " énumère Mélanie Bézard.
A la recherche de profils expérimentés
" La pénurie porte sur les profils expérimentés et non pas sur les jeunes diplômés. Nous avons besoin d'expertise " martèle Nicolas Leroy.
" Nous recherchons avant tout des gens ayant des profils techniques comme des électriciens, des mécaniciens, des thermiciens. Leurs compétences pourront être transposées ".
Par exemple, avoir une expérience sur des turbines de centrale nucléaire peut être intéressante pour concevoir un incinérateur.
De même, un responsable développement durable doit avoir des compétences RH et commerciales...
Des opportunités pour les reconversions
Il existe donc des opportunités pour les expérimentés. " Mon conseil, avant de se réorienter, c'est de voir dans quelle mesure ses compétences pourraient être mobilisées dans un contexte lié à l’environnement " insiste Catherine Gwet.
Ainsi, des compétences de juriste ou de chef de projet sont applicables à des secteurs liés à l’environnement.
Par ailleurs, " l'idée de vouloir préserver notre planète n'est pas suffisante. Il faut faire preuve de pragmatisme et savoir ce que l'on veut faire, car, entre l'incinération des déchets et le photovoltaïque, il y a un monde ! " note Nicolas Leroy.
Une insertion pas toujours facile
" De nombreuses formations en environnement sont très généralistes, ce qui pose de vraies difficultés d'insertion professionnelle " prévient Catherine Gwet.
De plus, les entreprises font beaucoup de recrutements en interne, en formant par exemple leur directeur qualité à l'environnement.
Une tentative pour limiter les coûts mais aussi par ce qu'il est plus facile de faire de l'environnement quand on connaît bien l'entreprise et ses contraintes.
Autre difficulté : réussir à cibler les postes. En effet, " les intitulés changent d'une entreprise à l'autre. Pôle Emploi n'a pas bien défini ces métiers : dans les codes Rome, on ne parle jamais d'environnement. L' Apec, de son côté, refait actuellement son guide sur les métiers de l'environnement dont la dernière mouture date de 2003... " explique Mélanie Bézard.
Une difficulté renforcée encore par le fait que, hormis les grandes sociétés de l'éco industrie, le marché est très atomisé et constitué d'une myriade de petites entreprises, de collectivités ou d'associations...♦ C.CH.
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