Reconversion professionnelle : comment cultiver ce que l'on aime
15 Mai 2012
Une reconversion professionnelle n'est pas forcément une révolution. Certains, tel Mr Jourdan, se reconvertissent sans s'en rendre compte, en saisissant des opportunités d'évolutions naturelles, au sein de la même entreprise, chez un client, chez un sous-traitant... Pour d'autres, au contraire, c'est une rupture totale.
" Certaines personnes s'appuient sur une passion pour se reconvertir tandis que d'autres, plus rationnelles, vont réfléchir par rapport aux besoins du marché " explique Blandine Lanteri, directrice de RB Conseil. " J'ai fait 5 ans de droit parce que c’est progressivement devenu une passion. Pour me reconvertir, je me suis appuyé sur cette passion et sur mes compétences informatiques " témoigne Philippe Claude, informaticien de formation, devenu juriste gestionnaire de contrats à plus de 40 ans.
Cela peut également être un calcul vis-à-vis du marché... Ainsi, Cyril Bonnefoy, chef de projet chez Assystem, est passé de l'automobile au nucléaire, parce que la technologique du secteur l'attirait mais aussi parce qu'il savait que cette activité allait se développer dans son groupe. " Je souhaitais me positionner sur un secteur porteur " résume Cyril.
Quand se reconvertir ?
" Sur les 10 ou 15 dernières années d'une carrière, il est souvent plus facile de s'accorder une reconversion, car, les charges financières ne sont plus les mêmes, et, on a déjà eu une reconnaissance professionnelle " estime Elisabeth Montauzé, consultante APEC. Dans les autres cas, c'est souvent un plan social ou un départ négocié qui déclenchent cette reconversion.
" La meilleure des solutions serait d'avoir un coup d'avance, d'avoir mûri son projet quand on est encore en poste, d'avoir déjà des contacts pour confirmer son choix de vie. Sinon, on est obligé de gérer l'urgence " prévient Stéphane Quaranta, qui après avoir été directeur d'agence en SSII est devenu gérant d'une société de nettoyage industrielle de 180 personnes.
Quels sont les freins ?
Parfois, une envie ne correspond pas à ce qu'imagine ses proches, et, il peut être alors difficile d'assumer cette envie surtout si la reconversion n'apporte pas le même statut social, ni les mêmes ressources financières. Pour s'autoriser cette reconversion, " il faut notamment être capable d'affronter le regard et le jugement d'autrui " explique Elisabeth Montauzé.
Ensuite reste à convaincre son futur employeur... En effet, " le problème, lorsque l'on veut se reconvertir, c'est qu'on n'est pas opérationnel dans la minute. Or, les entreprises n'ont pas forcément le temps ou l'envie de mettre à disposition des ressources pour vous accompagner " constate Stéphane Quaranta.
Quelques chiffres
- 55 % des actifs français ont déjà changé de métier ou de secteur d'activité,
- 30 % ne l'ont jamais fait et ne l'envisagent pas,
- 15 % ne l'ont jamais fait mais pourraient le faire,
- 57 % des actifs s'étant réorientés l'ont fait volontairement : 25 % suite à un plan social ou une perte d'emploi, 12 % pour des raisons familiales ou géographiques,
- 62 % estiment que leur épanouissement personnel s'est plutôt amélioré, même impacts positifs pour 54 % concernant leur condition de travail et 52 % concernant leur équilibre de vie.
Source : rapport Afpascope 2009.
Quelles questions se poser ?
Il faut d'abord valider les aspects financiers : savoir ce qu'on est prêt à perdre, ce qu'on peut se permettre de perdre... " Il faut réfléchir à son projet de reconversion, noter les avantages et les inconvénients, voir les répercussions sur son environnement, travailler sur la rentabilité du projet » résume Elisabeth Montauzé.
« Il faut rencontrer les personnes qui occupent le poste que l'on cible pour se rendre compte du quotidien de ce poste " conseille également Pascale Feillault, chargée de mission RH chez Euriware. Réfléchir aux compétences que l'on pourrait réutiliser est aussi intéressant.
Pourquoi favoriser les reconversions en interne ?
" Changer de métier en restant dans le même groupe est plus simple, car on sait comment il fonctionne, quels leviers actionner, le bon niveau de reporting, et, on a déjà le réseau... Changer à la fois de métier et d'entreprise est beaucoup plus compliqué " estime Olivier Kermagoret directeur avant vente infogérance chez Euriware. Plus confortable une reconversion en interne a un autre avantage : " le collaborateur conserve son salaire et tous les avantages qu'il avait " note Pascale Feillault.
Cependant, cela peut prendre du temps." Il a fallu deux ans entre le moment où j'ai obtenu mon master de droit et celui où j'ai obtenu un poste de juriste " raconte Philippe Claude. Quoi qu'il en soit, " il faut être clair vis-à-vis de ses ambitions, et ensuite les faire connaître à son entreprise " estime Olivier Kermagoret. L'entretien annuel peut-être le moment d'exprimer ses souhaits d'évolution ou de reconversion métier.
Comment faire quand on ne sait pas vers quoi se reconvertir ?
Il faut mettre les choses par écrit : qu'est ce qui m'intéresse, me ressource, me motive. " Il est intéressant de s'appuyer sur ce qu'on a réussi dans sa vie professionnelle. En effet le contexte, les enjeux, les difficultés, les éléments de satisfaction retirés permettent en général de trouver ce qui nous motive : le travail en équipe, un contexte international, avoir carte blanche, etc. " explique Elisabeth Montauzé.
Dans votre reconversion, il est absolument nécessaire de retrouver ces fondamentaux qui vous motivent. Réfléchir à des personnes qui vous ont marqué et analyser pourquoi donne aussi beaucoup d'indications. Ensuite on peut regarder les fiches métiers de Pôle emploi ou de l'APEC.
Quels dispositifs d'aide ?
Si on est en activité, le bilan de compétences permet de valider son projet, d'enquêter.
Pour se former, il est possible de monter un dossier de Congé Individuel de Formation (CIF) auprès de son OPACIF (souvent le Fongecif). Autre possibilité : prendre un congé sabbatique ou un congé pour création d'entreprise, qui peut être à temps partiel afin de conserver une partie de ses revenus. Les demandeurs d'emploi, sous certaines conditions, peuvent faire financer leur besoins de formation. ♦ C.CH.
Le portrait
" Faire ce qu'on aime change la vie "
Ras le bol de faire un métier qu'on n'aime pas, envie de changer d'air...A 30 ans, Blandine a eu un déclic. Evoluer au sein de sa propre structure n'était pas envisageable, alors il y a 3 ans, elle saute le pas. Passionnée de psychologie, elle nous raconte comment elle s'est formée et a lancé sa propre structure de bilan de compétences. Portrait.
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